Bâtir l'Internet que je veux, pas celui que j'ai déjà

Je sais qu'Internet est bien utile pour beaucoup de gens. Il est même devenu une habitude, voire même une nécessité, pour plusieurs personnes.

Beaucoup parmi eux ne sont que des consommateurs : ils butinent d'un site à l'autre, et maintenant, surtout, d'un réseau social à l'autre. Ils ont forcément un compte Facebook, mais aussi un Instagram, un Snapchat, un Twitter. Les plus sérieux, un LinkedIn. Tous ces réseaux sociaux ont un point en commun : ils incitent à publier sur leur plateforme, et à réagir aux publications des autres.

Il faut comprendre que tous les réseaux sociaux vont faire des pieds et des mains pour faciliter les interactions entre les utilisateurs, et ce dans le but de les garder captifs entre eux, sur leur plateforme. Sur Facebook, par exemple, on a évidemment les statuts, les commentaires et les Like, mais aussi les photos, les groupes, les évènements, les petites annonces, les recommandations, les articles de blogue, les jeux, les vidéos et les directs (Facebook Live).

Tout ça pour quoi? Pour que les utilisateurs restent captifs sur la plateforme. Tu as écrit ton billet sur Facebook? Tu vas y revenir pour voir qui y a réagi. Tu crées ton événement sur Facebook pour avoir un suivi de qui va venir et qui ne pourra pas. Tu postes un album de photos de voyage en identifiant ta conjointe sur chacune des photos, ce qui, forcément, va l'inviter fortement à voir la photo sur Facebook puisqu'elle y est identifiée.

Et Facebook, autour de ça, va essayer le plus possible de te présenter de la publicité, ciblée, celle qui sera le plus susceptible d'être cliquée. C'est ce que Facebook vend aux annonceurs : un public pour leur produit. Spécialement pour leur produit. Et ça marche, dieu que ça marche.

Sauf que, ce faisant, les gens ne vont plus sur Internet ailleurs que sur les réseaux sociaux, d'autant plus qu'il y a une application disponible quasiment pour tous ces réseaux.

Pire encore : Pour poster une photo sur Instagram, tu dois avoir l'application Instagram. Le navigateur ne suffit pas.

Bien moi, ce n'est pas ce que je veux.

Je veux encore publier mes albums photo et leur permettre de commenter ceux-ci, mais je ne veux pas qu'ils aient besoin de s'inscrire pour les voir. Je veux encore inviter mes amis à des événements que j'organise, mais je veux qu'ils aient la liberté de me répondre de la façon qu'ils veulent.

Ce que je veux, surtout, c'est de construire Internet en dehors des services privateurs actuels. Je parle évidemment des GAFAM, mais aussi de tout service web dont le code source n'est pas disponible : Doodle, WeTransfer, Dropbox... Il faut montrer aux gens qu'il existe des alternatives qui sont tout aussi viables. Il faudra à terme en venir à quitter les services qui vivent de la collecte de données personnelles.

Il faut arrêter de penser que :

  1. Ce qui est gratuit est bon. Si c'est gratuit, vous êtes le produit. Google, Facebook, Instagram, Twitter, Messenger et plusieurs autres services apparemment gratuits vivent de publicité. Tout ce que vous y écrivez est analysé par des robots qui en indexent chaque mot. Et par la suite, la publicité qu'on vous sert ne vient que refléter vos propos. Internet est sensé être une fenêtre sur le monde, selon son inventeur Tim Berners-Lee. Ces réseaux sociaux, en modifiant ce que vous en voyez selon ce que vous y avez publié, transforme cette fenêtre en miroir... C'est joli, hein?
  2. Il est ridicule de payer pour un service que l'on peut utiliser gratuitement ailleurs. Je paie pour mon nom de domaine. Je paie pour mon hébergement. Je paie pour mon courriel. Mes fournisseurs ont donc intérêt à me donner un bon service. Ils ont intérêt à ne pas me pister ; ils n'ont pas intérêt, de toutes façons, à dépenser leurs énergies à me pister. Ils ont intérêt à seulement maintenir le service vendu, point. Il y a beaucoup moins d'argent dépensé, au final. En plus, j'ai le choix du fournisseur. Soixante-dix dollars canadiens par année pour une adresse courriel sécurisée, en passant. Pensez-y.
  3. Une page Facebook suffit pour faire connaître mon entreprise. Une page Facebook fera connaître ton entreprise auprès des utilisateurs de Facebook. Hors Facebook, point de salut. Et il suffit d'une dénonciation, vraie ou non, pour faire fermer la page et faire perdre du temps. (J'ai parlé de Facebook ici, mais je pourrais très bien parler aussi des fiches Google Mon Entreprise...)

Si vous voulez des services gratuits qui ne vivent pas de collecte de données mais de dons, allez voir, au Québec, les Services FACiLes. En Europe, le site Dégooglisons Internet est un incontournable.

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